A quoi avez-vous pensé en vous retournant et en voyant que vous aviez gagné?
Je me suis dit ça y'est, je l'ai fait, c'est fait. J'ai pensé à moi avant tout, parce que c'est moi qui l'ai fait, personne d'autre. Mais ça ne serait pas arrivé qui j'étais aussi bien entouré, si je n'étais pas si bien dans ma tête, si je n'étais pas si confiant.
Quel a été le meilleur moment de votre finale?
Je pense que c'est quand je me retourne et je vois le 1 à côté de mon nom, c'est énorme. Je ne sais pas si je réalise, c'est énorme, je ne sais pas quoi dire
Comment avez-vous vécu votre course?
Je ne me suis jamais senti abattu, à aucun moment, que ce soit au départ, au virage ou à l'arrivée. A un mètre du mur, je me suis dit tant qu'on a pas touché, on n'a pas perdu, on n'a pas gagné. Ça m'a vraiment servi de leçon de me faire taper au relais, de me faire doubler, ça m'a vraiment secoué. J'aurais très bien pu sombrer derrière et ne pas être capable de réagir, mais avec tout le travail réalisé ses dernières années, ce n'était pas pour me laisser abattre.
"Le plus beau jour de ma vie"
Comment vous sentiez-vous sur le plot de départ?
J'avais les jambes qui tremblaient. Quant le starter a dit "A vos marques", j'avais ma jambe gauche qui tremblait, je me suis dit: "Putain, c'est mal barré". C'est la première fois que ça m'arrive aussi fort. J'étais beaucoup plus décontracté avant les séries, comme les sept autres à côté de moi, je pense.
Quel effet cela fait de succéder à des légendes tels que Mark Spitz, Alexander Popov, ou Peter Van Den Hoogenband?
Ça fait plaisir, c'est pas tous les jours que ça arrive, donc je vais essayer d'en profiter au maximum. C'est le plus beau jour de ma vie. Je ne réalise pas encore. Il y a beaucoup de choses qui se concrétisent en si peu de temps. C'est tellement dense. C'est trop énorme. Maintenant, je vais surtout bien récupérer parce qu'il y a encore le 50 mètres à faire.
Avez-vous réalisé la course que vous vouliez?
Oui, j'ai gagné. A aucun moment je ne voulais me sentir surpasser, en retrait, incapable de réagir. J'ai quand même mal aux 80-85 mètres, mais je me suis dit: "Accroche-toi, accroche-toi, ne te désunis pas, reste en ligne". Tout simplement ce que me dit Denis, de ne pas m'affoler.
"Merci à Denis Auguin"
Qu'est-ce qui selon vous a fait la différence?
Je ne sais pas, c'est tellement un film. C'est pas grand-chose, ça peut être la touche. On est tous au top physiquement. Il y avait tellement de pression qu'on a vu que le record du monde n'a pas été battu. Le but, c'est de toucher le premier, c'est l'essentiel.
Est-ce une victoire mentale également?
Oui, c'est là ou d'habitude je ne suis pas très fort. C'est là je pense que j'ai un peu progressé ces derniers temps. Mais apparemment, il y a encore des progrès à faire
Qui montrez-vous du doigt à l'arrivée de la course?
Je ne sais pas, tout le monde, tous les Français, tout le clan français,
Qu'est-ce que vous avez envie de dire à Denis Auguin, votre entraîneur?
Merci. Merci de croire en moi, de ne pas me juger sur mon niveau de performance. ( La gorge nouée par l'émotion ) Il m'a dit: "Même si tu termines 3e, 5e, 7e, si tu donnes ton maximum, je ne te jugerais pas là-dessus." Et ça, il y'en a très peu qui aurait tenu ce discours.
Comment avez-vous fait pour vous relancer après votre deuxième place sur le relais 4X100 mètres ?
Après le relais, j'aurais pu être abattu et faire une compétition moyenne derrière. J'avais vraiment envie de me remettre dedans dès les séries, j'étais plus stressé en séries qu'en demi-finales et en finale, parce que j'avais les mauvaises sensations des quinze derniers mètres du relais. Il fallait que je retrouve ces bonnes sensations pour me mettre en confiance, ces bonnes sensations que j'ai eues dès les séries, en mieux en demi-finales. Après, la finale, on sait que c'est ouvert et que n'importe qui peut gagner.
Quelles sont les personnes qui vous ont aidé à vous relancer ?
Les personnes, il n'y en a pas beaucoup, c'est mon entraîneur (Denis Auguin, ndlr) avant tout. Parce que moi, j'ai pris cette défaite au relais vachement à coeur, alors qu'on était quatre à avoir perdu le relais. En partant quatrième, j'ai pris vachement sur moi toute la responsabilité. Et en fait, on m'a dit que ce n'était pas de ma faute, que ça s'était joué à quatre et surtout, mon entraîneur Denis m'a dit qu'il fallait que je reste moi-même pour me relever, ça a été la personne la plus proche de moi.
A quoi avez-vous pensé au moment de toucher le mur ?
Le premier sentiment que j'ai eu, c'est: « ça y est, j'ai gagné une finale. » Mais J'ai vraiment eu du mal à réaliser que c'était une finale olympique. A chaque fois que je plonge ces dernières années, j'ai envie de gagner. J'ai perdu très peu de 100 mètres, j'en ai perdu un en début d'année contre Fabien Gilot, un au mois de juin contre Magnini, je n'ai pas envie de perdre car je n'aime pas perdre et cette défaite au relais m'a beaucoup touché. Là, sur le coup, j'ai dit: « ça y est, j'ai gagné une finale et c'est la finale des Jeux, c'est encore mieux ! » J'ai envie d'en profiter à fond car ça n'arrive pas tous les jours. Dans cette finale, il y avait des adversaires énormes, on avait vraiment un plateau très relevé, on ne pouvait pas dire avant qui allait gagner, c'était la grosse bagarre, et oui, je suis fier d'avoir touché le premier.
Pourquoi est-ce plus difficile de battre le record du monde en finale ?
C'est quelque chose d'assez difficile, il y a un peu de stress quand même dans la finale. Il y a cette incertitude qui fait qu'on ne sait pas si notre corps va réagir comme il réagit comme on a l'habitude qu'il réagisse quand on est à l'aise en séries ou en demi-finale. Ça ne vient pas forcément du matin parce que plein de records du monde ont été battus le matin pendant les Jeux. Oui, je pense que c'est une part de stress.
Pouvez-vous évoquer la camaraderie qui vous unit à vos adversaires ?
Je ne sais pas si c'est de la camaraderie, si on peut appeler ça comme ça, mais c'est le sport, le fair-play. Quand je me fais battre par Jason Lezak, je le félicite parce que je reconnais sa performance, quand je bats Eamon, il me félicite et vice-versa. On est dans un sport où on a la chance de pouvoir profiter de valeurs saines, d'un fair-play énorme, et j'ai vraiment envie que ça reste une des valeurs sûres de notre sport, parce qu'un jour on peut être le meilleur, le lendemain, on peut être battu et il n'y a que comme ça qu'on progresse. Si on nie les autres et si on les rabaisse à longueur de journées, je ne pense pas que ce soit très sain. Je félicite tous ceux qui ont nagé cette finale, tous ceux qui sont sur le podium, tous ceux qui méritaient d'être en finale, il y a beaucoup beaucoup de monde qui le mérite, mais on sait que ça ne se passe toujours comme on veut dans une compétition.
Avez-vous une idée de ce qui vous attend désormais ?
Une petite idée. Ça ne doit pas être quelque chose de désagréable ! C'est quelque chose d'énorme, il va y avoir des conséquences médiatiques, mais on ne va pas s'en plaindre, il y a pire dans la vie ! Et la compétition n'est pas finie, il me reste le 50 mètres et le relais 4 nages, je vais essayer de me reconcentrer sur ça dès cet après-midi.




